Urologue Dr. Sami Bekkali Quitter le mode Reader

Insuffisance rénale aiguë – Anurie

I – DEFINITION

L’insuffisance rénale aiguë (IRA) est caractérisée par une dégradation de la fonction excréto- rénale survenant de façon brutale ou rapidement progressive en quelques heures à quelques jours.

notera que la définition de l’insuffisance rénale aiguë ne fait appel à aucun critère de diurèse : La diurèse peut être conservée ou diminuée (oligurie si < 400 ml/j ou anurie si < 100 ml/j).

Conséquence :

Il n’existe aucune définition de l’IRA au sens strict du terme.

De façon générale, on retient comme définition

 

EPIDEMIOLOGIE GENERALE

 

II – CIRCONSTANCES ETIOPATHOGENIQUES

Les causes de l’IRA ont été arbitrairement classées en 3 grandes catégories comme suit :

Ces 3 grands différents mécanismes peuvent s’intriquer notamment en cas d’IRA survenant après chirurgie.

 

2-1 IRF

 

1-Déshydratation extracellulaire

2-Hémorragie

3–”Hypoperfusion rénale sans hypovolémie”

4–Modification de l’hémodynamique intrarénale avec baisse de la pression dans les capillaires glomérulaires et effondrement du débit de filtration glomérulaire

2-2 INSUFFISANCE RENALE OBSTRUCTIVE OU POSTRENALE

Principales étiologies des insuffisances rénales aiguës obstructives

Obstacle intraluminal :

Obstacle pariétal par néoplasie urothéliale

Obstacle externe par compression :

Vessie neurologique

IRA “microobstructive” par précipitation intratubulaire de :

 

anuries néoplasiques

– infiltration rétro trigonale bloquant les uretères à leur abouchement dans la vessie d’origine vésicale ou prostatique.

– poussée inflammatoire et oedémateuse péri néoplasique.

– développement rapide d’adénopathies cancéreuses ou inflammatoires.

– sclérose cicatricielle post-radiothérapie.

– cancer de l’utérus, de l’ovaire, du rectum. Prostatique, vésical,

 

Conséquences physiopathologiques :

Rôle de l’infection urinaire au cours de l’obstruction

prolifération microbienne va surajouter des lésions de pyélonéphrite aigu’ ou chronique, voire de pyonéphrose. Le parenchyme rénal est alors le siège de lésions irréversibles dont la topographie est fonction du siège du reflux intrarénal des urines infectées.

Lorsque ces lésions guérissent, elles entraînent une sclérose mutilante et rétractile où les structures normales du rein ont disparu.

2-3 INSUFFISANCE RENALE AIGUË PARENCHYMATEUSE

Toutes les structures du rein peuvent être touchées du vaisseau à la papille rénale

L’atteinte tubulaire est le mécanisme le plus fréquent des IRA parenchymateuses.

 

2-3-1 NECROSE TUBULAIRE AIGUË (NTA)

 2-3-1-1 PHYSIOPATHOLOGIE

Hypoxie médullaire

Lésions tubulaires

 

Etiologie des nécroses tubulaires aiguës ischémiques

1 Choc hypovolémique par hypovolémie vraie

2- Hypoperfusion rénale ou perturbation intrarénale sans hypovolémie

 

Tubulopathie d’origine toxique

1 Médicaments

2 Intoxication

3 Rhabdomyolyse

4 Hémolyse intravasculaire

 

2-3-2 LES NEPHRITES INTERSTIELLES AIGUËS (NIA)

Les NIA avec IRA sont caractérisées par l’infiltration du tissu interstitiel par des cellules diverses : polynucléaires neutrophiles dans les processus infectieux, cellules mononucléées dans les allergies, cellules néoplasiques dans les cancers .

pas de syndrome bioclinique propre ; leur séméiologie est proche de celle des nécroses tubulaires aiguës.

 

Etiologies des néphropathies interstitielles aiguës

2-3-3 GLOMERULONEPHRITES AVEC IRA (GNRP)

 

Etiologie des glomérulonéphrites rapidement progressives (GNRP)

1- Avec des dépôts d’anticorps antimembrane basale glomérulaire

2- Dépôts granuleux d’IgG de C3

3- Glomérulonéphrite pauciimmune

4- Glomérulonéphrite secondaire

 

2-3-4 SYNDROME HÉMOLYTIQUE ET URÉMIQUE

Le syndrome hémolytique et urémique est défini par :

Circonstances de survenue des microangiopathies thrombotiques

1 Infection intestinale à Escherichia coli sécréteur de vérotoxine ou à shigelle

2 Déficit en enzyme clivant le facteur de Willebrandt

3 HTA maligne

4 Sclérodermie

5 Grossesse

6 Chimiothérapie antinéoplasique (gemcitabine, mitomycine)

 

2-3-5 INSUFFISANCE RÉNALE AIGUË VASCULAIRE

2-3-5-1 Occlusion des artères rénales

La survenue de l’IRA dans cette circonstance implique que l’obstruction vasculaire soit bilatérale ou unilatérale sur un rein prédominant.

2-3-5-2 L’IRA embolique rénale

Évoquée chez le sujet âgé hypertendu et athéromateux. Le diagnostic est porté par la PBR mettant en évidence des embols de cristaux de cholestérol dans les artères de moyen calibre et les artérioles rénales.

 

III –MANIFESTATIONS CLINIQUES ET BIOLOGIQUES

3-1 Anamnèse et examen physique

Ne doit pas retarder le diagnostic ni le traitement des complications pouvant mettre en jeu

le pronostic vital : hyperkaliémie, oedème pulmonaire, acidose sévère.

3-2 Evaluation biologique sanguine et urinaire d’orientation

Le bilan minimal comporte

L’hyperhydratation intracellulaire est reflétée par l’hyponatrémie tandis que la baisse de l’hématocrite et de la protidémie renseigne sur le degré d’hémodilution.

 

Orientation diagnostique en fonction des indices urinaires et sanguins

 

Indice IRF NTA NIA GNRP IRA Obstructive
Protéinurie 0 ou trace + + à ++ ++ à+++ 0 ou trace
Sédiment urinaire Cylindre hyalin ± Cylindre granuleux Cylindre granuleux,GR ± éosinophiles Cylindre hématique Cristaux

GR etGB

Osmolalité (mosm/Kg) > 500 <350 < 350 > 500 > 500 si récent

< 350 si ancien

 

U/Posm > 1,5 < 1,1 < 1,1 > 1,5 > 1,5 si récent,

< 1,1 si ancien

NaU  mmol/l < 20 > 40 > 40 < 20 Variable
FENa (%) < 1 > 1 > 1 < 1 > 1
Urée U /P > 8 < 3 < 3 Variable > 8 si récent, variable si ancien
Créat U/P > 40 < 20 < 20 Variable

(> 40)

> 40 si récent, variable si ancien
Urée/créat P > 100 50 à 100

 

50 (< 100) variable > 100 si récent, variable si ancien

 

IV – DISTINCTION  IRA IRC

La distinction entre IRA et IRC repose sur des critères cliniques et des explorations complémentaires; aucun d’entre eux n’est formel.

Critères en faveur d’une IRC devant une « IRA » inexpliquée

1 Petite taille des reins à l’échographie (critère le plus pertinent)

2 Hypocalcémie importante (inférieure à 2 mmol/l)

3 Anémie sévère (inférieure à 90g/l)

4 Absence de facteur déclenchant (cf : étiologie de l’IRA)

5 tolérance clinique relative

6 Contexte familial de néphropathie

7 Chiffres antérieurs de créatinine pathologiques

 

Pièges diagnostiques

 

V– INTERET DES EXAMENS COMPLEMENTAIRES DANS LE DIAGNOSTIC DES IRA

5-1 ASP

 

5-2 Echographie rénale

Elle doit contrôler l’ensemble de l’appareil urinaire y compris le pelvis . Elle prime par son innocuité et sa répétitivité

Il faut savoir qu’il existe entre 5 et 20 % de faux positifs quand le bassinet est extra-sinusal ou dans les hydronéphroses et qu’il existe 10 % de faux négatifs où les cavités ne sont pas dilatées.

5-3 Urographie intraveineuse isolée

 

5-4 Scanner

Sans injection de produit de contraste :

Avec injection de produit de contraste :

 

5-5 Artériographie

 

5-5 Scintigraphie rénale

5-6 Biopsie rénale et IRA

 

Indications

 

VI- SIGNES DE GRAVITE D’UNE IRA

1 propres à l’IRA 

Détecter les situations d’urgence :

1-1 Niveau d’intoxication urémique

1-2 Surcharge hydrosodée :

Cette hyperhydratation est en effet fréquemment iatrogène, provoquée par des apports hydrosodés inadaptés. Elle est souvent accompagnée d’une hyponatrémie, reflet d’une hyperhydratation intracellulaire, du fait du caractère généralement hypotonique des apports.

1-3 Intoxication hydrique

1-4 Surinfection ( pneumopathie, sur cathéter ou sonde urinaire)

1-5 Complications hématologiques

1-6 Acidose métabolique sévère

1-7 Hyperkaliémie

1-8 Hyperphosphorémie et hypocalcémie

1-9 Complications digestives

1-10 Malnutrition

 

2 Facteurs de gravité associés à l’IRA

2-1 Age avancé > 65 ans

2-2 Terrain « débilité »

2-3 Défaillance viscérale associée

Facteurs prédictifs de mortalité dans l’IRA

Mortalité multipliée par cinq. si 4 ou 5 des facteurs sont présents par rapport aux IRA ayant < 4 facteurs présents

Intérêt des autres scores de gravité (IGSII, APACHE II)

Etiologies des IRA avec hémorragie alvéolaire pulmonaire

 

VII- DIAGNOSTIC ETIOLOGIQUES

1- Première étape : rechercher un obstacle

2- Deuxième étape : rechercher une cause fonctionnelle

3- Troisième étape : suspecter une nécrose tubulaire aiguë

 

VII- PRINCIPES DU TRAITEMENT DES IRA

notions capitales :

1- la récupération de la fonction rénale est meilleure lorsque la diurèse est conservée, témoignant de lésions rénales moins sévères.

2- plus l’action thérapeutique est précoce, meilleur est le pronostic rénal et vital soulignant ainsi le bénéfice des mesures prophylactiques.

1- COMPLICATIONS DE L’IRA

a) Hyperhydratation extra-cellulaire :

Complique surtout les formes oligo-anuriques :

b) Acidose métabolique

c) Hyperkaliémie

si des signes électrocardiographiques existent, le traitement d’urgence repose sur des manoeuvres à effet immédiat, sans modification du stock potassique, mais corrigeant le potentiel de membrane de la cellule myocardique ;

Ces thérapeutiques n’ont qu’un effet temporaire et devront être rapidement suivies de mesures visant à diminuer le stock potassique : résines échangeuses de cations type Kayexalate (15 à 90 g/j par voie orale ou 60 à 100 g par lavement) et hémodialyse en urgence.

 

d) Correction d’une hypocalcémie et d’une hyperphosphorémie

Administration de carbonate de calcium.

Ces troubles seront efficacement corrigés en cas d’instauration d’épuration extra-rénale.

 

Epuration extra rénale

1 Objectifs principaux

  1. Suppression de la symptomatologie liée à l’urémie sévère (maintenir l’urée inférieure à 30 mmol/l)
  2. Correction de la surcharge hydrosodée (connaître poids de référence avant IRA)
  3. Contrôle de l’équilibre acidobasique (maintenir le bicarbonate supérieur à 20 mmol/l)
  4. Contrôle de la kaliémie
  5. Contrôle de l’équilibre phosphocalcique
  6. Maintien d’un état nutritionnel satisfaisant en respectant les besoins caloriques de 30 à 50 Kcal/Kg/jour en fonction du catabolisme protidique.

2 Moyens

3 indications

Dans les contextes d’IRA sévères, anuriques, avec les manifestations suivantes :

 

2- TRAITEMENT ETIOLOGIQUES :

1 Insuffisance rénale fonctionnelle

1-1 Correction de l’hypovolémie vraie pour restaurer l’hémodynamique rénale avec des perfusions de soluté salé ou de soluté colloïde

évaluer la perte pondérale

1-2 Correction de la cause en cas d’hypoperfusion rénale sans hypovolémie

 

1-3 Méthodes d’expansion volémique :

2 Insuffisance rénale obstructive

2-1: symptomatique

Surveillance :

2-2 risques de syndrome de levée d’obstacle

 

2-3: étiologique

Dans tous les cas les diurétiques sont contre-indiqués s’il existe un obstacle.

 

3 Insuffisance rénale organique

 

 

5 Particularités de l’IRA en cours d’une grossesse

 

IX – PREVENTION DES IRA

L’IRA représente environ 1 % des causes d’admission hospitalière dont 20 % sont liées aux médicaments

Facteurs prédisposant l’IRA médicamenteuse

 

Arguments suggérant une néphrotoxicité directe médicamenteuse

 

Arguments suggérant une IRA immunoallergique

CONCLUSION

La prévention de la néphrotoxicité médicamenteuse est donc réalisée par :

L’anurie par obstacle est une urgence néphro-urologique dont les causes les plus fréquentes sont la lithiase et l’envahissement urétéral néoplasique. Il faut dépister des troubles métaboliques nécessitant une épuration extra rénale en urgence. L’échographie rénale permet de confirmer le diagnostic. Le traitement en urgence est le drainage des voies excrétrices qui sera suivi à distance du traitement de la cause.

PREVENTION : surveillance des malades lithiasiques, nephrectomisé, ttt des cancers pelviens